08
avr
2012
Robin Millette

Cher Papa

Section: 

Je sais que tu n’es pas sur internet. Je sais que tu ne liras pas ce message. Je l’avoue, c’est d’abord pour moi que je l›écris. Parce que j’aurais voulu te parler au cours des derniers mois mais tu le sais, j’ai été pas mal occupé. Nous en nous sommes pas vu aux fêtes il y a quelques mois. En fait, je ne me souviens plus la dernière fois qu’on s’est parlé. Ça remonte à plusieurs mois au moins.

Tu comprends que j’ai été hospitalisé en novembre 2011, que je lançais une entreprise, que travailler à son compte, c’est beaucoup de responsabilités. Tu as passé une bonne partie de ta vie à entrainer des chevaux de courses, tu connais l’incertitude et le plaisir qui vient d’un travail bien accompli.

Je ne faisais pas que travailler, non plus. Depuis quelques mois, j›écoutais la série télé «Luck» avec Dustin Hoffman entre autre. Nous ne nous parlions pas, mais chaque semaine, devant mon téléviseur, c’est comme si je passais une heure avec toi. J’avais hâte de te parler de cette émission sur les courses de chevaux, le poker, les aléas de la vie. D’ici quelques jours, quelques semaines, j’allais venir te voir à Rawdon et j’aurais voulu partager quelques épisodes avec toi. Ça promettait aussi pour la saison prochaine mais le sort en a décidé autrement. Après le décès de trois chevaux utilisés pour le tournage, la deuxième saison a été annulée.

Tu te rappelles il y a 27 ans, quand avec mon frère Martin nous sommes allés passer un été chez toi à Cleveland. C’est là, avec Sarah, que tu m’as offert mon premier ordinateur, le fameux Timex Sinclair 1000. Le modèle américain, avec 2 KiB de mémoire vive, c›était la grande classe. La classe aussi grâce à ce livre de 26 jeux à programmer soi-même qui m’a permis d’apprendre énormément. Quelques années auparavant, tu nous avais offert un jeu vidéo Atari 2600. J›étais convaincu à l›époque que les cartouches de jeux contenaient un film, qu’il ne fallait pas ouvrir le boitier pour ne pas endommager la pellicule. Sauf que j’ai beaucoup appris depuis ce temps là et ma vie serait totalement autre chose si les ordinateurs n’en faisaient pas parti.

Nous n’avons jamais été très proche, très longtemps. Je crois sincèrement qu’on avait trouvé la distance qui nous convenait à tous les deux. C’est sûr qu’avoir eu trois familles, on ne peut être partout à la fois. J’appréciais beaucoup ta présence avec les gens, tout le monde qui te connaissait. Tu savais mettre le monde à l’aise partout où tu passais. Tu ne parlais pas à travers ton chapeau, tu avais une très bonne tête et tu t’en servais pour te rendre utile.

Dimanche dernier, je profitais du 1ier avril pour mousser ma nouvelle entreprise avec un texte surréaliste que j’ai fais suivre à quelques amis. Le lendemain, j’y allais d’un second «mail» pour expliquer ma démarche du 1ier. J’en avais envoyé environ la moitié quand maman a téléphoné. Elle se rendait à l’hopital avec Martin, la résidence où tu habitais venait de lui dire que tu avais eu un malaise. Quelques minutes après, je recevais le deuxième coup de fil. Tu nous avais quitté.

J’ai eu de la misère, mais j’ai terminé l’envoi de mes messages à propos de mon poisson d’avril. Sauf que depuis, je n’ai pas fais un très bon suivi des retours que j’ai eu.

Tu étais parti et c’est maintenant que je vais à Rawdon pour te rendre une dernière visite. Tu me manquais déjà depuis quelques mois et maintenant c’est définitif. Tu ne liras pas ce message mais je veux quand même que tu sâches que je pense beaucoup à toi. Je t’aime.